#2.VLM

 #2.VLM

À la suite de différentes interventions menées en milieu carcéral, Nicolas Daubanes et Pablo Garcia se sont interrogés sur la faible valorisation accordée au travail des personnes détenues. À l’échelle mondiale, il leur a semblé clair que le prêt-à-porter symbolisait au mieux l’écart entre les coûts réels de production et le prix de vente. Et au-delà, le t-shirt pouvait être considéré comme l’emblème du vêtement le plus courant et le plus facilement (re)productible pour une marque débutante. De ces trois présupposés est née l’idée de faire fabriquer par des personnes détenues une marque éphémère de t-shirts imprimés en sérigraphie. 

« #2.VLM » : telle est la marque éphémère de t-shirts imaginés et conçus par Nicolas Daubanes et Pablo Garcia en collaboration avec des personnes détenues à la maison d’arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone (Hérault). Loin de s’en tenir à la seule réalisation de vêtements, les artistes ont envisagé le projet dans sa globalité : ils ont évalué les moyens à leur disposition, mesuré les coûts de production en cherchant à les réduire au maximum et pris en compte la rémunération des personnes détenues ainsi que leur formation ; ils ont établi un planning de l’opération, mis en place l’atelier de production au sein de l’établissement pénitencier ; ils ont défini enfin les conditions d’exposition et de vente au sein du Frac, institution en charge d’exposer et de vendre le produit fini. L’objectif ? Utiliser les bénéfices des ventes pour l’achat d’un fonds de livres et catalogues d’artistes destiné à la médiathèque de l’établissement. Pour optimiser le projet, les artistes ont invité galeristes, responsables de structures, éditeurs et artistes avec lesquels ils ont collaboré, à contribuer à l’enrichissement du fonds en y ajoutant un ouvrage de leur choix. Un appel lancé via Facebook aux artistes et galeristes présents au vernissage ou visiteurs de l’exposition a encouragé chacun à augmenter encore cette « bibliothèque participative ».

#2.VLM

Dans un premier temps, artistes et personnes détenues se sont réunis pour réaliser les dessins bientôt imprimés sur les t-shirts. L’atelier a permis aux participants de réfléchir à la diffusion d’une image sur un support textile, au sentiment d’appartenance induit par le fait d’exhiber une image dans l’espace public, sans perdre de vue la spécificité artistique du projet. Dans un deuxième temps, le groupe a procédé à l’impression des motifs, les artistes initiant les personnes détenues à la sérigraphie. Enfin, troisième et dernière étape du projet : les 150 t-shirts sont présentés au public du Frac et mis en vente pendant deux mois. Une visibilité inédite est ainsi donnée par l’institution à un travail qui n’en bénéficie généralement pas.

 La série « #2.VLM », qui assume le double statut d’œuvre d’art et de produit, incite chacun à s’interroger sur le sens donné aujourd’hui à la « valeur travail ». De plus, en invitant d’autres artistes professionnels dont le travail est nourri par des interrogations similaires, Nicolas Daubanes et Pablo Garcia se sont impliqués aussi dans la responsabilité de diffuser des objets et des formes portant sur les conditions actuelles d’enfermement ainsi que sur les contraintes économiques et sociales de notre société contemporaine.

L’engagement des artistes est à saluer, qui fait le lien entre des êtres qui n’auraient apparemment rien à « produire » ensemble. Ensemble, les personnes détenues et les artistes réalisent cet étrange objet, sans prix, qu’est une exposition d’art : un moment d’abord fait pour penser ce que l’on est, comment on vit et ce que l’on peut faire avec les autres pour élargir, si peu que ce soit, les limites qui nous conditionnent, de près ou de loin. 

FRAC Languedoc Roussillon

#2.VLM