Atomville

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Pablo Garcia a construit sa proposition de réaménagement du Prieuré Saint Pierre en se confrontant lui aussi à la réalité du lieu mais également à l’environnement de Pont-Saint Esprit, proche de sites nucléaires de Marcoule et Tricastin. Face à la promesse d’avenir devenue menace et non sans ironie dans un contexte de paranoïa ambiante, l’artiste a opté pour une construction qui ramène aux gestes vitaux. Si l’état d’urgence mondial légitime les restrictions de plus en plus importantes de nos droits fondamentaux, il serait alors question d’habiter l’œuvre, comme on habite le monde, c’est-à-dire en réfugiés que nous sommes tous ou potentiellement tous.

 

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L’idée est donc de doubler l’enveloppe intérieure du Prieuré d’un sarcophage de béton de deux mètres d’épaisseur afin de rendre le tout imperméable aux éléments extérieurs (et au passage de stopper le délabrement en cours du monument). Au vide répond le plein comme étant ce qui résiste et donne prise. Dans cette logique, Atomville a pour projet de réinvestir la globalité de l’église, en abri anti atomique collectif (108 places).

 

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Inspiré à la fois des habitats enterrés américains des années 60 mais aussi des bunkers camouflés en chalet truffant les montagnes suisses, la maquette exposée présente un projet immobilier improbable au confort (bien que rude et esthétiquement minimal) pensé pour une autonomie de plusieurs mois en collectivité. Posé sur une table en forme de y, l’abri modélisé est installé ouvert ce qui permet d’appréhender la répartition et la distribution sur quatre niveaux des différents espaces de vie imaginés, des plus élémentaires (chambres, sanitaires, cuisine) au plus sophistiqué (jardin hydroponique), sans oublier les espaces sportifs et culturel (piscine, bibliothèque) ; des images numériques viennent compléter la présentation du programme d’aménagement.

 

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Atomville est une construction « provisoire », une micro-utopie à travers laquelle Pablo Garcia modélise et diffuse une situation perturbante. Cette pièce serait comme un acte symbolique dans le mouvement irréversible du temps, un modèle d’action à l’intérieur du réel. En scénarisant ce dernier, l’artiste remet en question certaines évidences, celle en toile de fond de la domination à travers les âges des grandes forces de destructions, et celle du nihilisme généralisé, du pessimisme cultivé et du désenchantement omniprésent. Le pragmatisme anticipe sur le caractère imprévisible du destin et la fiction propose d’aller au-delà, de se réorganiser, de réaffirmer le sens de la vie. Dirigée vers toujours plus d’autonomie, la pratique collective et cette gestion du commun sous-tendent une critique sociale, une recherche d’alternative, un espace de transition qui serait ce lieu invisible, camouflé où la vie s’organise, indépendamment de l’opacité de l’histoire.

Céline Mélissent, commissaire de l’exposition Prospection 

 

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